Conference

Date
18-20th of October 2018
Location
85 Minerilor Street
FSPAC
Buildings 1 and 2

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Les sciences humaines et sociales semblent aujourd’hui bouleversées, tant au plan épistémologique que méthodologique, par les outils numériques qui permettent d’analyser des données à la fois hétérogènes et volumineuses. De leur côté, les Humanités numériques, et plus largement les recherches sur l’environnement numérique (Digital Studies), représentent un champ mouvant de recherche et d’enseignement, d’études et de pratiques, dont l’objectif est de comprendre les implications et les opportunités du numérique comme média, objet d’étude, voire nouvel écosystème.

Pour leur part, les sciences de l’information et de la communication (SIC) éclairent les enjeux sociétaux et scientifiques du numérique grâce à leur pluralisme interdisciplinaire (sémiologique, informationnel, sociologique, etc.) qui se situe à plusieurs niveaux (théorique, méthodologique et empirique) et recouvre plusieurs domaines : par exemple, la transformation des processus de circulation des savoirs, la médiatisation de la communication au travail, les systèmes d’information et les enjeux de la numérisation documentaire (Symposium CPDirSIC/SFSIC, Des humanités numériques aux Digital Studies, Paris, 16 mars 2018).

Grâce à leur réflexion critique sur la genèse du numérique, les SIC montrent que, malgré l’impact du numérique sur le processus de production des données et d’interprétation, les questions récurrentes posées par les sciences humaines et sociales demeurent centrales pour saisir la complexité info-communicationnelle et dépasser une approche strictement computationnelle. Articuler humanités et numérique comme objet d’étude (approches, terrains, acteurs, champ de la recherche) renvoie à des logiques permettant un travail critique positionnant les SIC comme sciences de l’interprétation.

Cependant, disposent-elles d’un recul suffisant pour analyser les formes de socialisation de l’information bouleversées par le numérique, qui affectent non seulement le savoir-être de l’Homme, mais aussi ses compétences professionnelles et son rapport à la société, aux institutions et au patrimoine ?

Comment les représentations des acteurs et les dispositifs sociotechniques participent-ils à la médiation et à la vulgarisation des savoirs ? Comment l’appropriation et le partage des connaissances (institutions, organisations, usagers…) évoluent-ils sous l’impulsion de l’innovation numérique (objets connectés, blogs d’enseignants, sites pédagogiques en ligne, tutoriels, etc.) ?  De  quelle  manière,  via  la  diffusion  du savoir scientifique par les acteurs-réseaux (B. Latour), les publics font-ils valoir leur compétence permettant d’évaluer la scientificité d’un positionnement ou d’un autre ?

Les dispositifs sémantiques permettent de construire des relations de sens entre des concepts et des contenus à première vue éloignés visant à fournir à l’usager des informations pertinentes, rapides et synthétiques. Dès lors, la conception gagne à s’appuyer sur des méthodologies spécifiques qui demandent de problématiser l’aspect amodal du numérique et d’intégrer l’apport théorique et méthodologique de l’organisation des connaissances. Les contributions attendues cibleront des problématiques théoriques et méthodologiques, issues de réflexions et d’études de terrain.

Les écritures pour le Web et sur le Web relèvent-elles d’une adaptation des catégories traditionnelles d’analyse-production ou exigent-elles de nouveaux descripteurs dans le domaine des genres (spécifiques ou non), des textualités multimodales (associant écrit, image, son) ainsi que de l’articulation entre culture écrite et culture visuelle ? Comment prendre en compte la relation entre littératie et interculturalité dans les pratiques rédactionnelles et les usages de l’écriture en ligne ?

La formation des étudiants et leur insertion professionnelle sont également affectées par la transformation numérique. Aussi est-il nécessaire de s’interroger sur les compétences attendues par l’environnement socio-économique (littératies numériques, soft skills, etc.) et réfléchir collectivement en vue de proposer des activités pédagogiques formelles (contenus, cours) et informelles (stages créatifs, ateliers-projets, fablab…) destinées à former les futurs professionnels et chercheurs en information- communication.

Cet axe se propose de problématiser les cultures du numérique au travers des transformations des médias et des dispositifs d’information et de communication numériques.    Les contributions porteront sur des questions liées aux pratiques info- communicationnelles du numérique dans plusieurs champs : économiques, sociétaux, politiques, La diversification des dispositifs suppose également des recherches focalisées sur la dynamique des pratiques socioculturelles numériques (solidarité, mobilisation, projets collaboratifs, etc.). Quelles représentations de la vie sociale et quels modes d’action se configurent par des dispositifs sociotechniques appropriés par des acteurs qui agissent dans des milieux de connectivité différents ?

Produire une archive de ce type ne se limite pas à une simple opération de sauvegarde de l’information, de création d’une page Web et ou de développement d’une interface d’interrogation. Il s’agit aussi d’assurer la conservation des documents sources, l’adéquation aux besoins informationnels de l’usager (grâce à une méthodologie de conception précise s’appuyant sur des ontologies de domaines, des outils d’indexation et d’annotation sémantique des données) et la création d’interfaces et méthodes d’interrogation pertinentes. Comment les recherches en SIC se positionnent-elles face à ces exigences méthodologiques ?

D’une part les recherches en SIC peuvent s’appuyer sur des outils existants issus d’autres disciplines connexes (linguistique, sociologie, psychologie…). D’autre part, compte tenu de leurs spécificités épistémologiques, les SIC peuvent aussi élaborer de nouveaux instruments plus adéquats de collecte, observation et visualisation de données. Ces outils peuvent ainsi contribuer à soutenir les chercheurs en SIC dans leur démarche interprétative propre, leur offrant une alternative à l’approche quantitative du Big Data. Quels rapports établir entre traitement et représentation des données (data visualisation) et pratiques de construction de sens ? Un accent sera mis sur les nouvelles pratiques collaboratives de recherche produites par le travail conjoint des professionnels et des amateurs/lecteurs.

Dans une visée réflexive, les contributions attendues devront éclairer ces interrogations : quel bilan peut-on dresser de ces méthodes computationnelles en termes de production de données, collecte des traces et interprétation qualitative et quantitative des résultats ? Quelles postures méthodologiques issues des humanités numériques et études digitales s’avèrent-elles les plus pertinentes pour les sciences de l’information et de la communication ?